





Alors voilà. On a intégré tant de besoins qu'ils nous semblent tous vitaux. Dans un pays comme le Cambodge, on se rend compte qu'on a vraiment trop de choses, et qu'on passe beaucoup trop de temps coupés des nôtres pour acquérir tous ces biens superflus. L'intense activité et la vitalité qui existent à la ville comme à la campagne, les sourires et les rires omniprésents empêchent tout misérabilisme. Les Cambodgiens sont un peuple heureux. Ils vivent majoritairement à la campagne, où peu d'argent suffit.
Ici, à Phnom Penh, il y a beaucoup d'activités, de déplacements. Les gens travaillent tout le temps, mais différemment. Beaucoup du travail visible à la ville consiste à attendre le client, ce qui en soi n'est pas épuisant, surtout quand ça se passe en famille, à la maison. À la ville, et dans les petits bourgs le long des routes, les cafés sont remplis d'hommes. Il règne une certaine nonchalance, malgré le bourdonnement des motos omniprésentes.
À la campagne, il y a le dur travail des rizières, qui n'a pas changé depuis la nuit des temps et qui occupe la majeure partie de la population. C'est un travail collectif, rythmé par la pousse du riz qu'on repique, des mauvaises herbes qu'on arrache.
Ils possèdent leur maison bâtie souvent par eux-mêmes, en bois, en bambous, avec des toits de palmes. Ils n'ont pas de loyer à payer, l'eau n'est pas chère, l'électricité l'est un peu.
Le Cambodge est répertorié comme un des pays les plus pauvres, car les salaires sont vraiment bas (50$ pour un fonctionnaire, qui complètent par une corruption généralisée : professeurs, policiers se font payer en plus, c'est dans les moeurs). Mais 90% travaillent dans le secteur informel, et en campagne, où ils produisent leur nourriture; donc ils ont vraiment de très faibles besoins.
À titre d'exemple, Pat Bona, (voir À Kratie chez la famille Pat), le jeune garçon qui veut devenir docteur, doit payer 80 $ à l'année pour suivre les cours de chimie, physique et maths de Terminale. Ses parents lui ont donné 30 $ (son père est pêcheur en saison des pluies et vend de l'eau potable en saison sèche) donc il va travailler trois mois comme guide touristique pour compléter la somme. Quand je lui ai donné 10$ en coins américains que j'avais emportés et qui m'étaient inutiles (mon père avait fait la collec des coins des divers États américains et me les avait donnés avant de partir, j'ignorais que seuls les billets ont cours ici) en lui disant qu'il pourrait facilement les changer en billets grâce aux touristes qu'il fréquentait chaque jour, à ma surprise, il n'a pas été particulièrement content. Peut-être en doutait-il ? Ou le rapport à l'argent est différent ? Au Laos, dans un bus populaire, la femme en face de moi comptait et recomptait sans aucune discrétion des liasses de billets qui remplissaient son sac ! Qui ferait une chose pareille en Europe ou en Amérique latine ?
Si l'on va dans les bidonvilles (je n'y suis jamais allée, d'autres stagiaires visitant des gens pour une enquête sur le micro-crédit oui et m'ont raconté qu'il y a des situations très diverses : certains vivent dans des cahutes sur pilotis avec détritus et déjections en-dessous, mais d'autres vivent tout à fait dignement. La plupart des gens font des petits boulots pour un tout petit salaire. Les enfants sont nombreux à vivre dans les rues, beaucoup sont dans la rue avec leurs parents, trient les poubelles. Mais parfois on les voit rire ensemble, la joie semble plus forte. On voit certaines personnes misérables, mais on en voit autant chez nous. C'est assez difficile à expliquer. Il serait naïf de dire que tout va bien chez eux mais chez nous aussi, on a de graves problèmes à un autre niveau. Ici la plupart sont pauvres, ce qui fait qu'ils sont tous au même niveau, et la vie n'est pas chère. Chez nous, se loger, se nourrir coûte si cher, et on est vite exclus si on n'a pas de biens extérieurs.
Il n'y a relativement peu de chômage tel que nous le connaissons, il y a plein de petits boulots informels; mais avec la crise, des centaines de milliers d'ouvrières ont été licenciées.
Les ONG, très nombreuses au Cambodge, ne suffisent pas et servent à pallier le désintérêt de l'État, qui par exemple n'a pas jugé bon d'inscrire l'éducation au nombre des actions prioritaires pour le développement, comme le sont la santé ou l'agriculture... On peut toujours rêver et espérer un changement en 2010... Donc bien sûr, la situation est loin d'être toute rose, mais le Cambodge a de la ressource, il ne faut pas l'oublier.
Sur ce, à plus !